Grazyna BOSY
 
 

 

À côté des trois songes divinatoires (somnium, visio, oraculum), que Macrobe explique dans les Commentarii in Somnium Scipionis, contenant la typologie des songes la plus répandue pendant la période médiévale, il nous présente l’insomnium et le visum qu’il déclasse à cause de leur origine psychophysique. Tandis que le visum est le résultat d’un état intermédiaire entre la veille et le sommeil en « prima somni nebula » (I, 3, 7), l’insomnium provient surtout des préoccupations oppressantes d’origine psychique, par exemple « si amator deliciis suis aut fruentem se videat aut carentem » (I, 3, 4).  

      Le visum, rappelant le rêve éveillé, est un sujet poétique par excellence, développé déjà par Farai un vers de dreyt nien (PC 183, 7) de Guilhem de Peitieu, ce troubadour dont la rêverie érotique Farai un vers, pos mi sonelh (PC 183, 12) représente aussi la réalisation la plus précoce de l’insomnium, en tant que songe d’amour. On retrouve le motif et le genre du songe érotique, parfois plus ou moins explicite, tout au long de l’œuvre des troubadours. 

      Comme l’érotisme explicite n’est pas propre à la poésie de la scuola siciliana, nous n’y trouvons pas d’insomnia à la manière occitane. En nouant avec l’idée de la contemplatio corporis, développée par les troubadours occitans, et s’inspirant du remirar en dormen des songes poétiques de leurs prédécesseurs, les poètes siciliens trouvent une autre façon d’exprimer l’idée de l’union amoureuse. La contemplation du poète ne se continue pas en rêve, mais elle mène à la réflexion des images intériorisées dans la memoria. Cette idée, qui résout le problème de la perte du joi transitoire rêvé, est exprimée surtout par la métaphore de pingere nella mente, qui rappelle de nouveau le visum, devenant bientôt la métaphore de la création poétique elle-même.

 

OCCITAN

 

 

 

ENGLISH 

 

Beside the three divinatory dreams (somnium, visio, oraculum) which Macrobius details in his Commentari in Somnium Scipionis, a work containing the most widespread typology of dreams current in the mediaeval period, are presented insomnium and visum, which are dismissed on account of their psycho-physical origin.  While visum results from a state intermediate between waking and sleeping in ‘prima somni nebula’ (I, 3, 7), insomnium arises chiefly from oppressive preoccupations of psychological origin, for example ‘si amator deliciis suis aut fruentem se videat aut carentem’ (I, 3, 4). 

                Visum, recalling a waking dream, offers a poetic subject par excellence, and one which we find developed in works as early as Farai un vers de dreyt nien (PC 183, 7) by the troubadour Guilhem de Peitieu, whose erotic reverie Farai un vers, pos mi sonelh (PC 183, 12) also constitutes the first appearance of insomnium as a love-dream.  The motif and genre of the (more or less explicit) erotic dream recur throughout the works of the troubadours.

                As explicit eroticism is not proper to the poetry of the scuola siciliana, we do not find insomnia of the Occitan type here.  Taking up the idea of contemplatio corporis, as developed by the Occitan troubadours, and drawing inspiration from their predecessors’ remirar en dormen, Sicilian poets found a new way to express the idea of union in love.  The poet’s contemplation does not continue in a dream, but leads instead to the reflection of images interiorised in his memoria.  This idea, which resolves the problem of the loss of the transitory, dreamed-of joi, is expressed chiefly by the metaphor pingere nella mente, which, again recalling visum, soon becomes a metaphor for poetic creation itself.

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