Elodie DE OLIVEIRA

 

                Frescun del nòstre Viau, les sursauts, les reflets, les emmêlements d’une eau vive qui se perd dans ses surfaces : réécriture de Goethe, Heine, Lorca, Guillaume IX… Chaque poème semble spécialisé, pris dans une fonction précise, un écho net, comme autant d’affluents en marge, qui ne se réduisent jamais à un cours principal[1]. Pourtant, réinscrit dans la perspective plus large de l’œuvre de Boudou, on entend sous ces jeux frais s’approfondir, s’assombrir, un courant du sens : l’histoire et son urgence, quelle société accomplir après la Seconde Guerre Mondiale ?

                Sans constituer, donc, un exercice préparatoire à l’écriture de La grava sul camin, Frescun del nòstre Viau opère un tri dans la tradition et prépare une modernité qui en est en quelque le sorte le lit. Cependant, cette perspective grand angle, si elle permet de relire et descendre un peu sous la surface des textes, ne doit pas occulter le système que met en place ce livre pour réaliser son sens : si des références et des effets précis de style permettent de singulariser chaque poème, de personnaliser son je lyrique, l’intensité de cette urgence historique provient, elle, de ces décallages entre les poèmes.

                Aux fraîcheurs un peu fanées des poèmes[2] se substitue le creusement d’un doute plus politique à l’échelle du livre. Le livre insiste face aux poèmes.

 

OCCITAN

 

 

ENGLISH

 

Frescun del nòstre Viau, tangles, reflections and turbulences of a fast-flowing stream lost in its surfaces : rewritings of Goethe, Heine, Lorca, Guillaume IX…  Each poem appears specialised, taken with a precise function, a clear echo, like so many side tributaries which never reduce to a single course.  Yet, if situated in the wider perspective of Boudou’s oeuvre, we perceive beneath the fresh play a current of meaning growing deeper and darker: history in all its urgency ; what society should be realised in the aftermath of World War Two? 

                Without, then, constituting a preparatory exercise for La grava sul camin, Frescun del nòstre Viau sifts through tradition and prepares for a modernity which is in a sense its bed.  However, if this wide-angle view allows us to re-read and descend beneath the surface of the text, it should not obscure the system which the book sets up in order to realise its meaning: if references and specific stylistic effects confer a distinct quality on each poem and personalise its lyric I, the intensity of this historical urgency emerges from the discrepancies between the poems. 

                The somewhat tired freshness of the poems gives way to the exploration of a more political questioning at the level of the book.  The book insists in the face of the poems.


[1]              Prologue, poème-dédicace, conte d’épouvante, fable philosophique, discours politique…

[2]              À une ouverture félibréenne, nostalgique du Moyen-âge troubadouresque, répondent des pièces de l’attachement au paìs.

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