Aurélie JOUBERT

 

Des idées plus ou moins bien reçues et des croyances plus ou moins bien ancrées circulent sur le thème des langues en général et des langues minoritaires en particulier. Dans une situation diglossique, deux idéologies semblent notamment se différencier : d’un côté, l’image d’une langue naturelle, à l’état brut, signe d’une origine régionale pittoresque et authentique à laquelle s’ajouterait ou s’opposerait, une langue plus recherchée et artificielle, plus répandue et utile, garante d’une certaine autorité ou d’une autorité certaine.

Dans cette conception bipartite d’un environnement linguistique aux spécialisations fonctionnelles déterminées, les marges de manœuvre pour un changement des rôles et des représentations des langues paraissent bien étroites. Cependant, comme le montre Mühleisen (2002: 17) dans le cas des créoles à base anglaise parlés aux Caraïbes, il est possible pour un code linguistique de passer de « badge d’authenticité à voix d’autorité ».

Cette communication aura pour tâche dans un premier temps d’identifier une série d’idéologies contradictoires ou complémentaires reliées à la langue occitane et présentes dans des entretiens effectués avec les locuteurs occitans en 2007. L’accent sera mis sur une tentative de théorisation des liens, des influences et des réciprocités, plus ou moins directs et conscients, entre idéologies et attitudes. L’analyse des mécanismes des passages du niveau macrosociologique au niveau micro-discursif se fera autour des concepts de prestige, pris dans le sens de profit symbolique (Bourdieu 1982), et d’identité, qui prennent alors une forme nuancée et plurielle. Cette communication, dans un deuxième temps, montrera la multiplicité des valeurs symboliques attachées à la langue occitane à travers d’une part, une perspective diachronique grâce aux points de vue de plusieurs générations interrogées et d’autre part, à travers une perspective géographique, grâce au discours contrastant des occitans du Val d’Aran.  

 

Bourdieu, P. 1982. Ce que parler veut dire, L’économie des échanges linguistiques, Fayar, Paris. 

Mühleisen, S. 2002: Creole discourse: exploring prestige formation and change across Caribbean English Lexicon Creoles, Amsterdam, John Benjamins.

 

OCCITAN

 

ENGLISH 

 

Some preconceived ideas, whether well received or not, and some sets of beliefs, whether deeply ingrained or not, are being circulated about language in general and minority languages in particular. In a diglossic situation, two ideologies can be differentiated: on the one hand, the image of a natural language, viewed as a sign of a picturesque and authentic regional origin, can be added or opposed to, on the other hand, a more artificial and sophisticated language, which is more widespread and represents a certain authority.

In this dichotomic conception of a linguistic environment where the functional distribution is determined, there seems to be little leeway for changes in the respective roles and representations of the languages. However, as Mühleisen (2002: 17) argues in the case of English-based Caribbean Creoles, it is possible for a linguistic code to evolve from “badge of authenticity to voice of authority”.

The aim of this talk will be, firstly, to isolate a series of contradictory or complementary ideologies related to the Occitan language and present in the interviews with Occitan speakers carried out in 2007. The emphasis will be placed on an attempt at theorising the potentially direct and conscious links, reciprocities and influences between ideologies and attitudes. The study of the mechanisms of the transitional phase between macro-sociological and micro-discursive levels will be oriented around the notion of prestige, taken as a synonym of Bourdieu’s “symbolic profit” and identity, which then adopt more nuanced and plural forms. This presentation, secondly, will show the multiplicity of the symbolic values attached to the Occitan language, through, on the one hand, a diachronic perspective, thanks to the point of view of older speakers and also through a geographic perspective, thanks to the contrasting discourse of the Occitans of the Aran valley.

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