Colette MILHE

 

Dans la continuité de ma thèse de doctorat en anthropologie sur l’occitanisme en Béarn, j’entends déconstruire le discours occitaniste relatif aux locuteurs naturels. Plusieurs aspects peuvent être abordés. En premier lieu l’incompréhension manifeste entre locuteurs naturels et militants, envisagée par les uns et les autres. En souhaitant revaloriser une langue devenue exclusivement populaire, les occitanistes n’ont-ils pas eu recours à des moyens en rupture totale avec cet usage : valorisation de l’écrit, de la littérature, de l’unité de l’occitan contre une langue orale, morcelée et revendiquée différente d’un village même à l’autre… ? Je mettrai donc à jour la dimension sociale qui sous-tend des pratiques différentes et le parallèle entre imposition du français et de l’occitan, reposant sur une définition élitiste de la culture et une conception dévalorisante des cultures populaires.

En second lieu, le discours occitaniste sur les locuteurs, avec un recours systématique à une catégorie qui pourrait être contestable : la vergonha, sera exposé et analysé. Une fréquentation régulière de locuteurs naturels donne en effet un certain sentiment contradictoire, celui d’une grande fierté de parler la langue et d’une pratique sous certains aspects « jubilatoire ». Cela m’amènera à m’interroger sur cette notion de honte.

Enfin si « locuteurs naturels » et « occitanistes » sont deux catégories analytiques pratiques, dans la réalité, elles ne sauraient masquer une dimension intéressante par ailleurs : il y a parmi les occitanistes des locuteurs naturels. J’ai montré dans ma thèse son importance dans les nuances du discours militant, relatif par exemple au « localisme », à l’attachement à la diversité (dialectale notamment) occitane… Cet aspect présente donc un intérêt manifeste pour appréhender la pensée occitaniste contemporaine.

Je conclurai avec des exemples qui montrent un dépassement de ce conflit latent comme l’inscription de jeunes agriculteurs dans l’occitanité, la présence de leurs enfants à calandreta, la participation de locuteurs à des manifestations culturelles occitanes, ou encore la réussite d’opérations de collectages…

La démarche anthropologique invite à enquêter et à utiliser des sources de première main, tout mon travail s’appuie donc sur des entretiens, réalisés en Béarn.

 

OCCITAN

 

ENGLISH

 

Following my doctoral thesis in anthropology on Occitanism in Bearn, I intend to deconstruct Occitanist discourse in relation to natural speakers. Several aspects can be considered. Firstly, the manifest incomprehension between natural speakers and militants will be envisaged from both groups’ points of view. Have Occitanists, wishing to revalorise a language that had become exclusively that of the common people, not resorted to means entirely at odds with this use: promoting written language, literature and linguistic unity, in contrast to the fragmented oral language vaunted as different from one village to the next? I will therefore bring out the social dimension that underlies different practices and the parallelism between the imposition of the French and Occitan languages, relying on an elitist definition of culture and a depreciated conception of popular cultures.

Secondly, the Occitanist discourse on speakers and the systematic use of the challengeable category “vergonha” will be presented and analysed.  Regular contact with natural speakers gives a somewhat contradictory impression:  a great pride in speaking the language and an exhilarating practice of the language. This will lead me to question this notion of shame.

Finally, if “natural speakers” and Occitanists are two convenient analytical categories, they show, in reality, an interesting dimension: there are among Occitanists some natural speakers. I have demonstrated in my thesis the importance of this dimension in the nuances of militant discourse, concerning for example « localism », and the attachment to Occitan diversity (notably dialectal diversity). The relevance of this aspect for apprehending the contemporary Occitanist way of thinking is hence evident.

I will conclude by showing that some examples, such as the participation of young farmers in “Occitanness”, the presence of their children in Calandreta, the participation of speakers in Occitan cultural events or the success of data collecting, go beyond the latent conflict.

The anthropological approach draws on fieldwork and primary sources. All my research is supported by interviews made in Bearn.

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